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Au cœur de la mémoire

March 15, 2017

La Sonata Miho – 4 mars-discours de Delphine Sappez

 

Je suis historienne et c’est tout naturellement que La Sonata Miho a éveillé ma curiosité. Dans son travail, l’historien s’interroge quotidiennement sur les liens, les énormes fossés également, entre Histoire et mémoire historique.

Selon l’historien Pierre Nora, Histoire et mémoire s’opposent en tout. Je cite ici ses mots: “La mémoire est la vie, toujours portée par des groupes vivants et à ce titre, elle est en évolution permanente, ouverte à la dialectique du souvenir et de l’amnésie, inconsciente de ses déformations successives, vulnérable à toutes les utilisations et manipulations, susceptible de longues latences et de soudaines revitalisations. L’histoire est la reconstruction toujours problématique et incomplète de ce qui n’est plus. (…) La mémoire installe le souvenir dans le sacré, l’histoire l’en débusque, elle prosaïse toujours. (…) La mémoire s’enracine dans le concret, dans l’espace, le geste, l’image et l’objet. L’histoire ne s’attache qu’aux continuités temporelles, aux évolutions et au rapport des choses. La mémoire est un absolu et l’histoire ne connaît que le relatif. Au coeur de l’histoire, travaille un criticisme destructeur de mémoire spontanée. La mémoire est toujours suspecte à l’histoire, dont la mission vraie est de la détruire et de la refouler. (…) Le mouvement de l’histoire, l’ambition historienne ne sont pas l’exaltation de ce qui s’est véritablement passé, mais sa néantisation.” (Introduction à l’ouvrage collectif Les lieux de mémoire, 1984)

Cette longue citation pour dire que c’est pour moi à la fois un défi et une source de joie de plonger au coeur de la mémoire avec la Sonata Miho, et d’ancrer par là mon métier dans le présent, en construisant des ponts entre Histoire et Mémoire. D’autant plus que la bombe atomique lâchée le matin du 6 août 1945 sur la ville d’Hiroshima a eu un rôle fondamental, d’après l’historien Ran Zwigenberg, dans l’élaboration d’une culture de la mémoire globale. Cette mémoire qui dépasse les frontières a toute mon attention.

Hiroshima a supposé une rupture dans le cours de l’Histoire, dans le sens où pour la première fois un sérieux doute a été soulevé quant aux bienfaits du progrès technologique.

Il y a 22 ans, à l’occasion du cinquantenaire de ce bombardement, l’écrivain Bernard Clavel écrivait ces mots: “Je ne parviens plus à regarder un enfant sans trembler à l’idée qu’il peut être dévoré par le pire des monstres que les temps aient engendré: le feu nucléaire. J’ai peur pour lui. J’ai honte pour l’humanité”.

Il écrivait encore: “Unissons-nous en une seule chaîne dont le point de départ sera le lieu où est tombée la première bombe. Une chaîne où se retrouveront les femmes et les hommes de coeur qui s’insurgent contre les divisions ridicules, contre les petites intrigues, les questions de principe ou les détails d’organisation. Car ce sont ces grains de sable qui ont, jusqu’à présent, empêché le véritable mouvement de pacification d’avancer.”

Cette chaîne pour la paix existe: chaque année, l’arrivée de milliers de grues de papier à Hiroshima la symbolise. En s’unissant à elle, la Sonata Miho se fait l’écho de cet appel et de tant d’autres à agir pour la paix, pour préserver à la fois notre espèce et la planète qui nous héberge.

Le changement profond nécessaire à cette paix est entre les mains des enfants, adultes de demain. Nous voulons leur donner la parole, et pour que cette parole soit juste il est essentiel de leur donner accès à la réalité, de leur confier le passé de l’humanité. Primo Levi, rescapé des camps, écrivait dans son témoignage que “quiconque oublie son passé est condamné à le revivre”. Ce n’est qu’en ayant pleine conscience du monde dans lequel ils évoluent qu’ils seront à même d’amorcer le changement à l’abri des ressentiments qui ont souvent conduit les hommes à commettre les plus graves erreurs.

L’Histoire s’attache à comprendre les phénomènes du passé. Selon les mots du grand historien Marc Bloch, fusillé par les Allemands en 1944 pour avoir rejoint la Résistance, c’est “un effort vers le mieux connaître”. Mieux connaître ceux qui nous ont précédé, comprendre les raisons profondes de leurs actes. Accepter leurs parts d’ombre, assumer que cette histoire est aussi la nôtre. Nous avons longtemps confié aux seuls survivants de ces événements comme Magda Hollander Lafon le rôle de se souvenir et de témoigner, leur demandant par là-même d’être les uniques garants d’une sorte “d’autorité morale” empêchant que de tels événements se reproduisent. En faisant le choix de nous souvenir, nous pouvons libérer ces témoins du poids de la charge qu’on leur a confiée, en la partageant avec eux. Et dès lors qu’elle est partagée entre tous, ce n’est plus une charge, mais un élan pour affirmer que nous voulons que l’avenir soit différent, pour être acteurs, à notre échelle, de la construction d’un monde plus harmonieux.

Il est vrai que nous vivons des circonstances historiques qui laissent peu de place à l’espoir: la menace d’une guerre nucléaire est plus que jamais présente, la haine entre les peuples ne cesse de grandir et de causer la mort de milliers d’enfants. Il est d’autant plus important d’être des “témoins vigilants”, comme le suggère Magda. Pour cela, nous avons grand besoin d’un modèle comme Sadako, héroïne source d’inspiration. Au lieu de choisir la colère et le ressentiment face à l’injustice dont elle était victime, elle a choisi l’espoir, symbolisé dans les 644 grues qu’elle a pliées. Espoir de vie, espoir de guérison, espoir de paix pour les enfants à venir.

Et c’est en cela que l’histoire qui a inspiré La Sonata Miho est la plus belle du monde. C’est l’histoire de l’espoir au plus noir du malheur, l’histoire de la vie au coeur de la mort, l’histoire de l’intensité que nous sommes capables de donner à nos vies lorsque nous prenons conscience de ce trésor que nous portons en nous. Donner cette conscience, cet accès à l’essence même de la vie à nos enfants est, à nos yeux, l’une de nos responsabilités en tant qu’adultes, car nous croyons en leur force pour trouver la beauté parfois cachée du monde et la faire éclater au grand jour.

Chaque grue qu’ils plient, que nous plions ensemble vient renforcer cette chaîne pour la paix partie d’Hiroshima grâce à Sadako il y a plus de 60 ans. Ces oiseaux de papier ne connaissent ni le ressentiment ni les frontières.

 

 

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